L'argumentation indirecte : le conte philosophique et la fable
La fable et le conte philosophique sont deux types de textes qui, tout en racontant une histoire plaisante, ont pour fonction de délivrer un message ou une leçon, ou plus largement de susciter la réflexion du lecteur. Leur visée est donc à la fois didactique et argumentative, mais ils empruntent, pour convaincre, les ressorts de la fiction. On peut les trouver groupés sous le terme générique plus large d'apologue (court récit qui vise à démontrer ou à illustrer une leçon de morale), et relèvent de ce que l'on appelle l'argumentation indirecte. Quelles sont les caractéristiques de ces formes ?

1. Comment l'argumentation indirecte procède-t-elle ?
Comme un essai ou un texte purement argumentatif, le conte philosophique et la fable cherchent à convaincre, à délivrer un enseignement ou à faire réfléchir, mais de manière détournée : c'est le récit qui est chargé de mettre en scène des idées et des valeurs.
L'argumentation s'exprime à travers une fiction allégorique, ce qui permet d'incarner des principes abstraits dans des personnages qui en retirent une valeur symbolique : dans la fable de La Fontaine « Le Loup et l'agneau », les deux personnages incarnent de façon immédiatement perceptible le principe du mal et celui de l'innocence ; au-delà de cette dichotomie, le lecteur doit s'efforcer de décrypter la scène afin d'en comprendre les enjeux plus vastes.
En principe, la visée pédagogique du conte ou de la fable impose que les situations narratives illustrent sans ambiguïté les valeurs morales défendues par l'auteur. Toutefois, un texte véritablement littéraire ne saurait se satisfaire de cette simplicité. Bon nombre de ces textes ne se réduisent pas à une interprétation univoque, ou en tout cas sèment le doute dans l'esprit du lecteur. Cette tendance est d'autant plus marquée lorsque la morale n'est pas explicite, mais reste implicite, ou lorsque l'auteur recourt à l'ironie, comme par exemple Voltaire dans Candide (1759). Le lecteur averti doit donc se tenir sur ses gardes et prêter attention aux symboles un peu trop évidents. Telle est en effet la différence principale entre une argumentation directe et une argumentation rendue indirecte par la fiction : il ne peut y avoir de stricte équivalence entre les deux, car toute situation fictive, toute symbolisation, rend l'interprétation à la fois plus difficile et plus stimulante. Ainsi, la célèbre fable de La Fontaine « La Cigale et la Fourmi », qui ne comporte pas de morale, peut apparaître comme une critique de l'insouciance (incarnée par la cigale) ou au contraire de la mesquinerie (incarnée par la fourmi).

2. Quelles sont les fonctions des fictions argumentatives ?
Selon l'auteur latin Horace, le conte et la fable remplissent les deux fonctions classiques de la littérature : instruire et plaire.
Les écrivains des Lumières ont fréquemment eu recours à l'apologue dans un but de critiquedu pouvoir et des institutions. La fiction permet en effet de contourner plus facilement la censure en offrant un premier niveau de lecture tout à fait inoffensif, qui peut s'avérer très subversif lorsqu'il est interprété. L'apologue prend alors une nouvelle dimension : son objectif n'est pas de délivrer un message unique, mais d'inciter le lecteur à la réflexion.
Le conte comme la fable peuvent aborder tous les sujets et livrer des enseignements dans toute sorte de domaines. La leçon peut aussi bien être morale que sociale, politique ou philosophique.
La fonction ludique ne doit pas être oubliée pour autant. Si la fiction est préférée à l'essai austère, c'est parce qu'étant plaisante, elle retient davantage l'attention et permet de s'adresser au plus grand nombre. En tant qu'œuvres littéraires, le conte et la fable sont aussi conçus pour procurer un plaisir esthétique. Les Fables de La Fontaine sont d'ailleurs moins lues aujourd'hui pour la morale que l'on peut en tirer que pour leur inventivité littéraire unique.

3. Quelles sont les caractéristiques de la fable ?
La fable est un genre littéraire très ancien. Ses origines remontent à l'Antiquité, avec l'auteur grec Ésope du vie siècle avant J.-C. et avec Phèdre, fabuliste latin du ier siècle après J.-C. En France, le genre est développé magistralement au xviie siècle par La Fontaine, qui en publie deux recueils. Ses fables ont, dès leur publication, connu un très grand succès qui ne s'est jamais démenti depuis. D'autres auteurs, comme Florian, Queneau ou Anouilh ont également pratiqué ce genre.
La fable est un récit bref, en vers ou en prose, qui repose sur une structure narrative rythmée et qui peut jouer sur des effets de coup de théâtre. Ses personnages sont souvent des animaux, mais peuvent également être des êtres humains, voire des éléments naturels ou des objets. Le cadre de la fable est en général indéterminé et s'inscrit bien souvent dans un univers merveilleux.
La morale, si elle est présente, peut se trouver aussi bien au début qu'à la fin du récit. Parfois, elle reste implicite et le sens de la fable peut alors se révéler ambigu. En tout cas, la fable reste un récit plaisant, présentant une dimension ludique mais aussi esthétique, d'autant plus soulignée lorsqu'il s'agit de fables versifiées.

4. Qu'est-ce que le conte philosophique ?
L'alliance de ces deux mots est en elle-même un défi : le conte, genre léger, associé à la tradition populaire et aux récits pour enfants, est caractérisé par l'adjectif philosophique qui évoque une méditation des plus sérieuses. Or, tel est justement l'enjeu de ce genre d'apologue : produire une fiction vive et plaisante, de facture traditionnelle, qui permette la réflexion philosophique profonde.
En France, l'âge d'or du conte philosophique se situe au xviiier siècle. Les philosophes des Lumières l'ont pratiqué avec bonheur pour diffuser leurs idées, s'inspirant entre autres de la tradition du conte oriental, relayée par la traduction en français du recueil des Mille et Une Nuit, au tout début du siècle. Voltaire est résolument le maître du genre, avec des œuvres comme Zadig (1747), Micromégas (1752), Candide (1759), qui se caractérisent toutes par leur humour, leur vivacité et bien sûr leur ironie.
Le conte philosophique est un récit en prose, relativement bref – mais plus long que la fable. Même si le récit entretient toujours des liens avec l'actualité, il tient du conte par certains traits merveilleux, par certaines péripéties ou épisodes peu vraisemblables. Là encore, il s'agit d'un texte plaisant et ludique, comportant souvent des aspects comiques. Les personnages en général peu nombreux ont une psychologie assez sommaire et sont caractérisés par quelques traits essentiels. Ainsi, Candide est un personnage fondamentalement naïf, qui découvre le monde avec une grande candeur, comme l'indique son prénom.

5. Quelles sont les autres formes d'apologues ?
Outre le conte philosophique et la fable, il existe d'autres formes d'apologues que nous pouvons signaler à titre indicatif :
     la parabole : il s'agit des premiers apologues de l'ère chrétienne. Ils sont présents dans les Évangiles et permettent au lecteur de mieux comprendre, de façon imagée, certains enseignements chrétiens (exemple : la parabole de l'enfant prodigue) ;
     l'utopie : le mot « utopie » vient du grec u topos qui signifie « lieu qui n'existe pas » et désigne en littérature l'évocation d'un lieu imaginaire, d'une société idéale qui, par contraste avec la société réelle, doit faire réfléchir le lecteur sur le monde qui l'entoure. L'Utopie de Thomas More (1516) est l'ouvrage fondateur du genre. L'utopie peut également être incluse dans un récit. Ainsi, Candide découvre le monde utopique de l'Eldorado.
On peut qualifier de contre-utopies les représentations littéraires d'une société sombre et noire, telle que celle dépeinte par George Orwell, dans son roman 1984 ;
     la nouvelle ou le roman à thèse : certains récits défendent une idée ou offrent une critique évidente, véhiculées par la fiction elle-même. On peut alors les lire comme des apologues. (exemple : La Peste de Camus) ;
     le théâtre : certaines pièces peuvent également être lues comme des apologues. Beaumarchais lui-même remarque dans sa préface au Mariage de Figaro : « La fable est une comédie légère, et toute comédie n'est qu'un long apologue ».


LIRE LA SUITE... bloggeradsenseo
BELHAJ
SEMESTRE 5
HIA
Du classicisme aux Lumières : XVII et VXVIII e siècles
Introduction générale.
Le XVII e siècle
Nous allons aborder  au cours de ce semestre des idées et des arts du XVII et XVIII emesiècles. On est dans la longue durée ( deux siècles) et surtout face à des problématiques nombreuses et complexes : l’art, les idées et la littérature. Programme ambitieux certes mais nous allons essayer de limiter notre approche à quelques thèmes et sujets qui ont marqué la vie littéraire, artistiques et philosophique de cette période. La littérature et l’idée, il faut noter dès le départ que lorsque la littérature française est née, elle nait à l’idée. En effet la littérature est foncièrement liée à l’idée, aux idées. Les textes produits au XVII eme siècle  sont exemplaires de vocation didactique c’est-à-dire la littérature de cette époque est fondée sur la morale et la religion. Le thème de la religion est incontournable pour comprendre le siècle de Louis XIV ( le grand siècle comme dirait Voltaire. Le siècle de l’Ordre, l’ordre s’impose dans tous les domaines de la vie culturelle et politique. Louis XIV tellement ets tellement omniprésent,  qu’il est symbolisé par la figure du Roi-Soleil, la construction du château de Versailles et de ses jardins  la politique de la seule loi, la seule foi, le génie des artistes du temps y contribue. Chaque écrivain,a son genre et à sa manière, cherche à édifier, à socialiser un homme que le christianisme poussé à l’extrême par les Jansénistes voue au mal à sa naissance. Cette conception de l’homme qu’on résume par « honnêteté » un art de bien vivre au sein de la société et surtout de la bonne société (une société aristocratique bien sûr) doit tenir compte des exigences de la nature humaine et de la volonté de s’affirmer. Les codes, les normes et les apparences triomphent à cette époque de manière spectaculaire.
Les œuvres des grands écrivains du XVIIeme siècle seront considérées comme des modèles à suivre et à proposer dans les classes d’où le premier sens du terme classiques,  les classiques sont les écrivains consacrés par l’institution, des écrivains et penseurs qui respectent les fondements et les méthodes basées sur l’ordre. Ce qui nous donne une poésie parfois figée, en effet le XVII emesiècle n’est pas un grand siècle de poésie. Celle-ci suppose la création, l’innovation, l’imaginaire et la fantaisie, or l’art poétique de Boileau est surtout formé de règles et de contraintes. Dans un poème intitulé : il est certains esprits … Nicolas Boileau avance :
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain, vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre ou le tour vicieux :
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme[1].
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
Il s’agit de tout un programme où l’aspect didactique de la poésie et bien claire. Un art de se régler, d’obéir à des règles. Le bon écrivain est celui qui utilise le mot juste. Les grands auteurs de cette époque ne cessent de le répéter il faut instruire en plaisant. C’est la règle des règles, et c’est la première et la plus importante et la plus ancienne. L’œuvre excellente est à la fois le fruit de l’inspiration et du travail, ou peut-être du côté du travail plus que de l’inspiration.
Donc instruire en plaisant se trouve de manière plus concrète chez Jean de Lafontaine dans ses Fables.  Qui définit lui-même la fable comme une « comédie aux cent actes divers ». Et chacun de ces actes est la plus plaisante instruction. Car si le pouvoir moral des fables de LA Fontaine est immense, il s’agit avant tout de plaire en instruisant, comme d’ailleurs chez Molière ou La Bruyère, c’est-à-dire de peindre en amusant ce qui va de travers dans le monde.
La même démarche on la trouve dans les contes du XVIIeme siècle. Les contes de Charles Perrault destinés aux enfants ont une visée morale et didactique. Ecoutons ce qu’il dit dans sa préfaces aux contes «
« N’est-il pas louable à des pères et à des mères, lorsque leurs enfants ne sont pas encore capables de goûter les vérités solides et dénuées de tous agréments, de les leur faire aimer, et si cela se peut dire, de leur faire avaler, en les enveloppant dans des récits agréables et proportionnés à la faiblesse de leur âge ? »
Et un peu plus loin il ajoute
« Ce sont des semences qu’on jette qui ne produisent d’abord que des mouvements de joie et de tristesse, mais il ne manque guère d’éclore de bonnes inclinations »
D’où les moralités sur lesquelles se terminent les contes merveilleux ne sont plus que de malicieux clins d’œil entre adultes et qui ramènent le conte sur terre.
 Premier point important :
L’art classique au XVII eme siècle se caractérise par le fait qu’il est une représentation idéale de l’homme qui, quel que soit, son temps, échappe au devoir et renvoie au registre de ses passions.
Le deuxième, au contraire, ne cesse de revenir au concret : il s’agit de peindre d’après nature c'est-à-dire d’après le comportement des contemporains.
et le troisième consiste dans l’art d’harmoniser les contradictions pas d’art sans inspiration mais surtout pas d’art sans le goût idéal et concret conventions et règles restent  présents.
Ainsi comme on le verra après le XVIII emesiècle ou le siècle de Louis XIV, le grand siècle aussi, est une période marqué par l’absolutisme au niveau politique par la confrontation et le débat religieux avec les Jésuites et les Janséniste mais aussi philosophique puisque la réflexion philosophique des jansénistes et des Jésuites porte sur des idées mais aussi sur la place de l’homme. La littérature : poésie, théâtre et conte merveilleux poursuivront de manière concrète la réflexion de manière souvent critique sur la situation de l’être humain et son statut dans une société marqué par le despotisme au niveau politique.
Les Lumières.
S’il est un siècle riche en événements politiques, culturels et artistiques c’est bien le XVIII eme siècle. En effet le siècle des Lumières est une  période de l’histoire de France, marquée par le mouvement et les transformations. On l’appelle  siècle des Lumières parce que à la Lumière du Christ se substituent les Lumières humaines, de l’esprit, de la philosophie et du savoir. Les philosophes des Lumières avait le monde à éclairer, à commencer par les petits esprits. La particularité des Lumières c’est la mise en avant, au centre de tout, de l’homme lui-même. C’est pourquoi l’écrivain du XVIII e siècle revendique le titre de « philosophe » non plus le philosophe enfermé dans son bureau, spéculant dans la solitude de son cabinet, mais le philosophe engagé et  militant, le philosophe sera de plus en plus le « citoyen » qui veut transformer les sujets du roi et les fidèles des églises en citoyens responsables et qui ont des droits. L’ambition des hommes de lettres se caractérise par une vulgarisation scientifique qui se manifeste particulièrement dans l’Encyclopédie. Il n’est pas jusqu’à la poésie qui ne s’en trouve touché.
Alors on peut se poser des questions. Comment le philosophe, citoyen lui-même, cherche-t-il à instruire le citoyen ? Les réponses varient selon les auteurs et les circonstances. On peut citer quatre  éléments qui seront développés par la suite .
Le roman par lettres, lest l’une des grandes  figures philosophiques au XVIII eme siècle est Montesquieu, c’est un juriste qui a travaillé toute sa vie sur les lois comment sont –elles faites, comment elles fonctionnent comment elles varient d’un climat à l’autre, comment elles se pervertissent. Dans les Lettres persanes l’auteur s’amuse en philosophe et en citoyen. Il a fait venir en France deux individus avide de s’instruire, deux étrangers, deux Persans. D’une part il leur fait dire ce qui va mal en France, et de l’autre, il leur fait apprendre ce qui va très mal dans leur propre pays : les femmes réduites  en esclavage organisent la révolte. Mais il arrive aussi à nos deux persans d’être ébahis par Paris où l’on ne parle que de nouveaux esprits, écrivains et savants, qu’on appelle « philosophes ».
Le conte philosophique, On pense aux contes de Voltaire. Le roi des philosophes sera Voltaire dont l’œuvre si elle est immense est aussi immensément didactique. Voltaire a vite compris le pouvoir magique du conte Zadig en est un modèle
Le dialogue philosophique, Avec Diderot dans le Neveu de rameau. Une œuvre posthume de Diderot. Un livre culte. C’est une satire dans le double sens du mot, à la fois critique féroce et pot-pourri. C’est un dialogue philosophique où deux personnages s’affrontent ca nous rappelle les dialogues de Platon. Il y a moi le philosophe et qui sera le commentateur celui qui parle d’en haut puisqu’il possède le savoir et face à lui le neveu du musicien Rameau.
L’œuvre totale. Rousseau illustre le philosophe complet, il a touché à tout. Il est le prophète annonçant la vérité de la nature à l’humanité qui progresse. Sa vie est à l’image de sa production littéraire et artistique.
Ainsi le XVIII emesiècle est la période où l’esprit critique se manifeste. En effet, cette période est marquée par une déstabilisation générale des savoirs, qui conduit à une remise en question des institutions et des croyances traditionnelles quelles soit temporelles ou spirituelles l’ère du soupçon. La critique appliquée à tous les domaines du savoir.







[1]Un solécisme est une erreur de langage qui enfreint les règles de la syntaxe (la forme existe), non celles de la morphologie (c'est alors un barbarisme : la forme la forme n'existe pas)
LIRE LA SUITE... bloggeradsenseo


Dissertation

> Dans la préface des Caractères, La Bruyère affirme : « On ne doit parler, on ne doit écrire que pour l’instruction. »
Après vous être interrogé(e) sur le sens du mot « instruction », vous vous demanderez si c’est le seul but de la littérature.
LES CLÉS DU SUJET
Comprendre le sujet
La citation de La Bruyère (à travers la préposition « pour »), et la question qui la suit (à travers le mot « but ») posent toutes deux le problème de la fonction de la littérature.
La Bruyère propose une thèse très claire : l’écrivain doit instruire le lecteur. On vous demande de discuter cette thèse.
La problématique peut être reformulée ainsi : « Le but de la littérature est-il seulement d’instruire le lecteur ? » ou « La littérature n’a-t-elle qu’une fonction didactique ? »
Chercher des idées
Cherchez d’abord tous les sens que l’on peut donner au verbe « instruire ».
Scindez la problématique en plusieurs sous-questions, en variant les mots interrogatifs : « Pourquoila littérature est-elle efficace pour instruire ? » (inspirez-vous alors de votre réponse aux questions) ; « Quels genressont particulièrement efficaces pour instruire ?» ; « Quels autres rôles/buts peut avoir la littérature ? » ; « Ces buts ne sont-ils pas combinables ou complémentaires ? »
Interrogez-vous aussi sur ce que vous recherchez, en tant que lecteur, dans la littérature.
En vous rappelant qu’écrire est un art, vous trouverez d’autres fonctions de la littérature.
Comme vous allez être amené(e) à mentionner souvent la notion d’instruction, constituez-vous une liste de mots qui s’y rapportent pour éviter les répétitions et pour trouver de nouvelles idées : informer, information ; documenter, documentation ; (r)enseigner, (r)enseignement ; former, formation ; initier, initiation ; éclaircir ; cultiver, culture ; apprendre ; leçon ; éduquer, éducation ; guider, etc.
>Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.
>Choix et exploitation des exemples : voir lexique méthodologique.

CORRIGÉ : 



Dans certains paragraphes de ce corrigé, les exemples ne sont pas développés : à vous d’y inclure vos exemples personnels commentés.



[Amorce] Pourquoi écrire ? Tout écrivain doit se poser cette question. Dans sa préface des Caractères, La Bruyère donne une réponse à cette interrogation : « On ne doit parler, on ne doit écrire que pour l’instruction. » La négation restrictive « ne… que » donne à la formule un ton catégorique sans appel. [Problématique] Cette assertion incite à s’interroger sur le travail de l’écrivain. [Annonce du plan]Écrire n’a-t-il qu’un rôle didactique ? La littérature n’a-t-elle pas d’autres finalités, notamment celle de plaire, comme le disait déjà le poète latin Horace ? Mais au-delà de cette apparente opposition, ne doit-elle pas utiliser les moyens plaisants pour mieux instruire, dans une interaction fructueuse ?
I. Écrire pour instruire ?
Le verbe « instruire » prend de nombreuses significations. En quoi la littérature répond-elle à ces divers sens ?
1. Instruire, c’est informer
Instruire, c’est d’abord informer. Ainsi les écrivains, se donnent pour mission de faire part de leurs expériences de la vie [Exemples personnels].
Ancrés dans l’actualité, ils éclairent alors les débats qui agitent leur époque. Ils le font à travers des genres variés. Au siècle des Lumières notamment, se multiplient les essais et traités : l’Italien Beccaria compose un Traité des délits et des peines, Rousseau propose Le Contrat social… La littérature permet ainsi de mieux connaître son temps. L’information passe parfois par des moyens plus indirects : ainsi Montesquieu, dans ses Lettres persanes, peint la société de son temps sous de nombreux aspects, tout comme Beaumarchais qui dans Le Mariage de Figaro peint l’aristocratie.
Mais la littérature peut informer sur l’autre. Elle jette alors un regard instructif sur des périodes antérieures et joue en quelque sorte un rôle historique [Exemple personnel]. Mais elle apporte aussi des connaissances sur d’autres cultures. Ainsi aux xvie et xviiie siècles notamment, se multiplient les récits de voyage : Jean de Léry écrit L’Histoire d’un voyage fait en terre de Brésil rapportant les coutumes des Indiens, Montaigne parle de sa rencontre avec trois sauvages venus visiter la France dans ses Essais, et, plus récemment, Claude Lévi-Strauss raconte la vie quotidienne des Indiens Nambikwara.
2. Instruire, c’est susciter un regard critique
Instruire, c’est aussi apprendre à traiter l’information, c’est-à-dire à jeter un regard critique sur le monde. De nombreux auteurs dépassent la simple information pour susciter la réflexion critique sur les vices de leur temps. Cette fonction de la littérature remonte à l’Antiquité : le « romancier » latin Pétrone fait dans Le Satiricon la satire des affranchis (nouveaux riches parvenus) sous les traits de son personnage Trimalcion.
Au xviie siècle, La Bruyère dans ses Caractères souligne les travers de la Cour. Molière veut « attaquer par des peintures ridicules les vices de [son] siècle », La Fontaine, dans ses Fables, ridiculise les défauts de son époque[Exemple personnel +« Les Animaux malades de la peste »]. Montesquieu dénonce la vanité et les folies guerrières du roi, et, au-delà la monarchie absolue.
La littérature devient alors une arme de lutte contre les abus et incite le lecteur à rejoindre ces combats qui font la dignité de l’homme. Combat contre l’intolérance [exemples à développer : Candide ou L’Ingénu de Voltaire], l’injustice, le fanatisme, le racisme [exemples personnels], les horreurs de la guerre [exemple à développer : Si c’est un homme de Primo Levi] mais aussi, combat pour la solidarité [ La Peste de Camus, La Condition humaine de Malraux].
3. Instruire, c’est éduquer en transformant
Instruire vise à donner une vision du monde, de l’homme et de sa condition en général. Les écrivains expriment leur conception du monde et de la condition humaine.
Ainsi, Molière, mais aussi La Bruyère, dans leur galerie de portraits, font la peinture de vices humains, à travers des types dégagés de tout ancrage dans le temps ou dans une société : il y a l’avare, le malade imaginaire, le vantard, l’hypocrite… Ces écrivains se donnent alors comme objectif de « corriger les hommes ».
Cette vision du monde amène le lecteur à tirer une philosophie de vie qui doit se concrétiser dans le respect de certaines valeurs. Ainsi les fables dans l’Antiquité servaient de base pour enseigner les enfants et construire une sagesse de vie, une « morale ». La littérature mène le lecteur à se transformer.
[Transition]Écrire, c’est donc bien remplir les diverses formes de l’instruction, en faisant partager ses connaissances, en dénonçant des abus mais aussi en forgeant un nouvel être.
II. Écrire n’a-t-il pas d’autres rôles ?
Mais n’assigner à la littérature qu’une fonction didactique c’est la réduire à une activité utile. Or, écrire est une activité artistique aux objectifs plus larges.
1. Écrire pour « plaire »
Le principe des auteurs classiques ne doit pas être tronqué : pour Molière et ses contemporains, il s’agit bien d’« instruire et [de] plaire ». « Corriger les mœurs », soit, mais « en riant » : écrire, c’est aussi divertir, pour oublier sa condition de mortel.
Les spectateurs vont au théâtre pour « passer un bon moment » [Exemple personnel], les lecteurs de roman s’attachent à des personnages dont ils suivent avec émotion le parcours [Exemple personnel]. Les auteurs de romans policiers de nos jours emmènent leurs lecteurs dans un parcours plein de mystère qui les intrigue et proposent à leur sagacité une énigme à résoudre ; les nouvelles et romans fantastiques transportent dans un autre monde, dépaysent [Exemple personnel].
2. Écrire pour procurer un plaisir esthétique
Un auteur peut aussi mettre sa plume au service de l’art pur et se donner comme but de créer un bel objet d’art, propre à procurer une émotion esthétique, au même titre qu’un beau tableau, qu’une belle musique.
Si de nombreux poètes considèrent la poésie comme « une arme » et s’engagent à travers eux [Exemple personnel], d’autres, tels les Parnassiens, prônent « l’art pour l’art ».
La littérature rejoint alors les arts, au point que le poète Théodore de Banville a pu affirmer que la poésie englobait les arts et les surpassait tous : « Elle est à la fois Musique, Statuaire, Peinture, Éloquence ; elle doit charmer l’oreille, enchanter l’esprit, représenter les sons, imiter les couleurs […]. » On pense à Verlaine qui conseille dans son « Art poétique » : « de la musique avant toute chose… » ou à Horace, qui assimile la poésie à une « peinture ».
3. Écrire pour partager ses émotions
L’écriture peut enfin avoir pour rôle de rendre compte de ses états d’âme. Les romantiques, à travers leur poésie [Exemple personnel], mais aussi leur théâtre [Exemple personnel] traduisent leur « mal du siècle ».
Les récits autobiographiques remplissent le plus souvent cette fonction : Charles Juliet en écrivant Lambeaux rend hommage à ses deux mères, mais en même temps son écriture agit comme une sorte de psychanalyse qui le libère de ses angoisses existentielles.
[Transition]Mais n’est-ce pas une erreur que de vouloir cantonner la li
térature dans un rôle ? Faut-il opposer « plaire » et « instruire » ?
III. Plaire pour mieux instruire ?
Ne se crée-t-il pas au contraire une dynamique entre ces deux buts de l’écriture ? Le plaisir de l’écriture et de la lecture est en fait un outil efficace pour mieux instruire. Cette interaction est particulièrement sensible dans l’apologue, dont La Fontaine disait : « Une morale nue apporte de l’ennui ; / Le conte fait passer le précepte avec lui ». Il revendiquait le droit au divertissement : « Et si Peau d’Âne m’était conté, / J’y prendrais un plaisir extrême ».
1. L’agrément et les vertus du rire pour instruire
L’un de ces moyens pour rendre l’instruction plus efficace est le rire, sous toutes ses formes. Rabelais, qui voulait que son lecteur ne s’arrêtât pas au simple divertissement que peut procurer la lecture de Gargantua ou de Pantagruel mais qu’il en tirât la « substantifique moelle », c’est-à-dire la teneur profonde, prévient son lecteur : « Mieux est de rire que de larmes écrire / Pour ce que rire est le propre de l’homme ».
Le comique prend des formes multiples, depuis la grosse farce carnavalesque [Exemple personnel +Gargantua, Pantagruel, les farces de Molière…], jusqu’à l’humour le plus fin [Exemple personnel] en passant par l’ironiemordante, qui fait sourire, mais qui oblige aussi le lecteur à la réflexion pour « interpréter » le message indirect [Exemple personnel + contes philosophiques de Voltaire, « De l’esclavage des nègres » de Montesquieu].
2. Les vertus pédagogiques du dépaysement
Pour instruire le lecteur sur le monde et sur l’Autre, les écrivains jouent de l’efficacité pédagogique du dépaysement. C’est le procédé de l’œil neuf qui décape notre vision du monde et nous engage, tout en nous divertissant, à la réflexion.
Que ce soit à travers les romans picaresques [Exemple personnel], les récits de science-fiction [Exemple personnel d’utopie, de contre-utopie], les récits de voyages (réels ou fictifs, comme les Lettres persanes, Les Voyages de Gulliver ou Micromégas), l’écrivain fait découvrir des mondes nouveaux qui enchantent mais dont la comparaison avec le nôtre est instructive. En effet, elle dévoile les vertus et les valeurs d’autres civilisations mais révèle aussi les vices de notre monde [Exemple personnel].
À cet égard, le roman d’apprentissage entraîne les personnages dans des aventures où ils se « frotteront » à plusieurs milieux, plusieurs sociétés et forme ainsi autant le héros que le lecteur [Exemple personnel].
3. De la variété avant toute chose
L’efficacité pédagogique de l’écriture tient plus globalement à la variété et à la vivacité, pour ne pas lasser le lecteur et pour maintenir son esprit en éveil. Pour cela, les écrivains disposent de nombreuses ressources.
Pour mieux instruire, il convient alors de combiner les genres de l’argumentation directe [Exemple personnel] et de l’argumentation indirecte, en s’adaptant au public visé. À un enfant conviendra le genre court et imagé de la fable ; au lecteur amateur de péripéties conviendra le roman ; à celui qui aime la fantaisie, les dialogues amusants comme L’Histoire comique des États et Empires du Soleil Cyrano de Bergerac ; aux penseurs les traités et les essais.
Conclusion

Si l’on peut concéder à La Bruyère qu’écrire a fréquemment pour but d’instruire, on lui objectera que la littérature ne saurait se réduire à une fonction unique, sous peine de perdre sa richesse. Une intention pédagogique ou didactique trop envahissante révèle la méconnaissance de la clé du succès énoncée par le poète Horace : « Il obtient tous les suffrages celui qui unit l’utile à l’agréable, et plaît et instruit en même temps. »
LIRE LA SUITE... bloggeradsenseo
SEMESTRE 4
HIA
Représentations des sciences et techniques en littérature et en peinture.
Mise en place du travail et consignes données aux étudiants


Un diaporama présente rapidement les enjeux, les consignes et propose un bref exemple.

Enjeux
C’est à partir d’un extrait de l’article « Sciences » du chevalier de Jaucourt (Encyclopédie) que sont présentés les enjeux et la problématique de notre séance. La lecture du texte est progressive, elle s’effectue en trois temps (en trois diapos) de manière à mettre en valeur le type de raisonnement adopté par le chevalier de Jaucourt :
   1. « Il est certain que les sciences sont l’ouvrage des plus grands génies. C’est par elles que l’immensité de la nature nous est dévoilée ; ce sont elles qui nous ont appris les devoirs de l’humanité, & qui ont arraché notre âme des ténèbres pour leur faire voir, comme dit Montaigne, toutes choses hautes & basses, premières, dernières & moyennes ; […] »
   2. « Telle est aujourd’hui la variété & l’étendue des sciences, qu’il est nécessaire pour en profiter agréablement, d’être en même temps homme de lettres. D’ailleurs les principes des sciences seraient rebutants, si les belles lettres ne leur prêtaient des charmes. Les vérités deviennent plus sensibles par la netteté du style, par les images riantes, & par les tours ingénieux sous lesquels on les présente à l’esprit. »
   3. « Mais si les belles - lettres prêtent de l’agrément aux sciences, les sciences de leur côté sont nécessaires pour la perfection des belles - lettres. Quelque soin qu’on prît de polir l’esprit d’une nation, si les connaissances sublimes n’y avaient accès, les lettres condamnées à une éternelle enfance, ne feraient que bégayer. Pour les rendre florissantes, il est nécessaire que l’esprit philosophique, & par conséquent les sciences qui le produisent, se trouvent, sinon dans l’homme de lettres lui - même, du - moins dans le corps de la nation, & qu’elles y donnent le ton aux ouvrages de littérature. »
Apparente opposition et complémentarité nécessaire, seront donc l’enjeu de la réflexion des élèves.
Consignes
►Dans un premier temps, les étudiants doivent choisir un thème de travail. Je leur propose une liste non exhaustive :
   Médecine
   Anatomie
   Astronomie
   Mécanique
   Électricité (lumière)
   Automatisme
   Automates
   Topographie
   Construction
   Sciences de l’ingénieur
   Sidérurgie…
►Ils doivent ensuite chercher sur internet des documents, les rassembler et les organiser dans un power point.
►Leur travail doit être organisé de manière à mettre en évidence les types de relations qui pourraient exister entre les sciences et les arts. Je leur propose les pistes suivantes :
   Observation
   Éloge, glorification
   Blâme
   Fascination
   La peinture comme instrument de recherche ou comme document scientifique
   Intégration d’une nouvelle technologie dans l’œuvre
►Il est rappelé que, pour être lisible, les diapos ne doivent pas être trop surchargées, et que les passages rédigés doivent être courts. Les sources doivent être citées.
Un exemple
Pour faciliter la compréhension de ce qu’ils ont à faire, un court exemple leur est proposé. Il comprend deux documents :
   Un extrait de la présentation d’une conférence sur http://www.palais-decouverte.fr/ind... , intitulée « De quelques usages de l’électricité dans l’art, entre le XVIIIe et le XXIe siècle », permet de rappeler la problématique. Les étudiants se rendent compte qu’existe bien, dans les faits, une relation entre sciences et arts, que l’art s’intéresse à la science et réciproquement, ce qui, au départ, est loin d’être une évidence pour eux. (D’autres conférences sont présentées sur ce même site autour de la thématique Arts et sciences : « Les frontispices astronomiques », « Musiques et nouvelles technologies », « La lumière et la vie », « Les représentations de l’embryon et du fœtus humains : entre art et science » « Rayonnements et flux : du Soleil à l’œuvre d’art », « La sculpture polychrome : science, patrimoine et création numériques ». )
   Une illustration de deux des types de relation proposés (thème électricité) :
                   la glorification, La fée électricité, Dufy, http://www.cbx41.com/article-275052...
                   l’ utilisation de la technologie en art : Dan Flavin (utilisation de néons colorés, quelques œuvres visibles sur http://www.light-art.fr/galerie-DAN... ) ; TatsuoMiyajima (compositions aves des diodes, par exemple « Pile up Life » series L.E.D., firebrick , Mortar, electric wire,2008 visible sur le site http://www.tatsuomiyajima.com/en/po... ) ; Julio Le Parc http://julioleparc.ifrance.com/page... (jeux de lumières).
                    

Annexes associées à cet article :
                        diaporama introductif(Powerpoint – 524 ko) Diaporama d’introduction au travail des étudiants .
LIRE LA SUITE... bloggeradsenseo

Articles les plus consultés